histoire Béarn

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Sorciers, sorcières, guérisseurs…

 

L'abbé Dombrelle distinguait trois catégories de sorciers : ceux qui jettent des sorts (charmatori ou mau dat), appelant sur leurs victimes maladies et malheurs ; les sorciers devins et les sorciers guérisseurs. Ce sont, dans la plupart des cas, les premiers que nous rencontrons dans nos textes.

Rappelons une fois de plus l'amour malheureux de Fitot dans le Mazareilh. Parce que la vieille pousouère l'a pris en grippe, elle dévie d'un regard malveillant le coup de fusil qui devrait permettre au jeune homme de gagner le concours dont la blonde Maria est l'enjeu ; puis, au cours d'une scène plus dramatique encore, nous verrons Fitot frapper en plein cœur sa propre fiancée, alors qu'il a cru viser la vieille. Pesquidoux nous montre par plusieurs exemples comment le « poison noir » se venge de ses ennemis : comme un de ses voisins lui avait intenté un procès pour un litige de mitoyenneté, elle fit faire un faux pas à son cheval le jour de l'audience. Les malheurs de Jacoulet viennent de ce qu'il a refusé d'aller lui planter des choux : son fils, affligé de violentes douleurs digestives, s'affaiblit tellement qu'il fait une chute mortelle dans son escalier. Le même auteur énumère dans « Lous pousouès » les différentes calamités par lesquelles peut se manifester la hargne d'un sorcier : épizooties, matelas ensorcelés, sommeil troublé par un « hantaoum » (sorte de monstre à tête d'homme). Dans le conte du docteur Peyresblanques intitulé « le Tuc des sorcières », un enfant dépérit, victime d'un sort, et comme un prêtre, pour le sauver, a fendu sa couette où les plumes sont assemblées en fleurs, le diable lui-même se venge en déchaînant une tempête et en bloquant un port avec une montagne de sable. Dans le roman de Chérau : "l'Oiseau de proie", drame de la jalousie qui a pour cadre les pignadas landaises, le sinistre Morineau essaie de dresser au crime un demeuré duquel on peut tout obtenir avec un verre d'alcool ; et un personnage explique ainsi la débilité du « périclero ». On dit que c'est une pousouèro qui a jeté un sort à sa mère ! Elle était si jolie, la povre maïnade ! Tout le monde courait après... Il y a des hommes qui se sont battus pour elle ».

Si les maladies sont le résultat d'un sort, les sorciers doivent être à même d'en délivrer ceux qui en sont affligés. Dans « Lou mau balhat », conte que Félix Arnaudin attribue à Élisabeth Plantié, nous voyons le père de la narratrice s'endormir sur sa charrette en revenant de Bordeaux où il est allé chercher du vin. A son réveil, il croit voir son véhicule en flammes, puis il souffre de douleurs croissantes dans ses jambes. Arrivé chez lui, il envoie son valet consulter à Sore un certain « boiteux de Putapé » qui lui révèle l'identité de la sorcière à laquelle le malade est redevable de ses maux, la femme de son propre bouvier, et il lui promet la guérison s'il s'abstient de parler à cette créature diabolique. Dans le même recueil de contes, nous pouvons voir aussi une sorcière conseiller à un malade de brûler tout ce que contient son oreiller. Le docteur Peyresblanques raconte, quant à lui, une histoire où on a recours à une sorcière pour débarrasser d'un monstre la forêt de Hinx et une autre où un paysan compte sur un sorcier pour délivrer ses cochons d'un sort. Dans "la Daüne" de Serge Barranx, comme les remèdes prescrits par les médecins se révèlent impuissants pour vaincre une épidémie de grippe, certains, nous dit le romancier, crurent qu'un sort avait été jeté sur ce coin de terre et les sorciers de Garrey et des Barthes de Castelnau furent encore appelés clandestinement dans nombre de métairies pour conjurer le fléau ». Dans un passage très pittoresque, est évoquée la préparation du breuvage magique que le sorcier aux allures dominatrices fait mijoter au-dessus d'un feu où il a jeté du sel et du soufre. Mais la daüne, femme exemplaire, s'oppose quant à elle à ce que le sorcier intervienne dans sa maison. Marie-Philippe, l'héroïne malheureuse qui donne son nom au roman de Marguerite Broca, n'accepte pas non plus que, pour guérir son bébé en proie aux convulsions, on fasse venir à son chevet la Bernarde, tenancière d'auberge louche qui s'y entend à « sortir les charmes ».

Mais pour ceux qui ne sont pas des esprits forts, quel moyen existe-t-il d'écarter les maléfices et se débarrasser des sorciers ? Si le signe de croix ou la « higue » (geste de dérision qui consiste à placer son pouce entre l'index et le médium) ne sont pas suffisants, si le fenouil placé dans la serrure ne se révèle pas efficace, s'il n'y a pas dans les parages de simple d'esprit – « les pousouèros », dit G. Chérau, n'aiment pas l'odeur du sans esprit, et si par hasard une pousouèro est rencontrée par un fou elle perd la moitié de son charmatori - le suprême remède doit être alors la « messe de Saint-Secari » à laquelle fait allusion Félix Arnaudin. Mais cette cérémonie répond, d'après l'abbé Félix Dombrelle, à bien des conditions : que le prêtre la dise à Minuit, en rouge, avec sept cierges, en commençant par la fin, dans une église en ruines habitée par des chouettes et des crapauds ! Quant à l'évocation par un sorcier (escuminje), si elle vous libère, elle a le grave inconvénient de rejeter les maux sur un autre !

La plupart des faits que nous avons notés ici témoignent d'une certaine concordance entre les traditions orales conservées par le folklore et l'image que quelques écrivains régionalistes ont pu nous donner de la sorcellerie landaise, qu'ils se soient fait directement l'écho de ce qu'ils avaient pu entendre de la bouche des Landais ou qu'ils aient bénéficié d'une documentation bien informée relative aux pousouèros. C'est aux sociologues qu'il appartient d'évaluer dans ces légendes la part des souvenirs hérités d'époques anciennes et celle des croyances peut-être encore vivantes dans certaines couches de la population landaise.

E. Vaucheret.

 


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