Dernière modification:  16/09/2013


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Quand les curés en venaient aux mains.
 

Durant la révolution, on laissait le choix aux curés entre l’exil et le parjure. Dans ce dernier cas, on les forçait au mariage, souvent inspiré par la peur. Labernade, curé de Méracq contracta un vrai mariage et eut un enfant. Son frère ayant été guillotiné, il se maria de peur, afin qu’on ne doutât point de ses sentiments révolutionnaires. Le préfet nommait, dans les paroisses, des prêtres constitutionnels. Après la révolution, les « exilés » revinrent d’Espagne et reprirent leurs fonctions alors que les prêtres constitutionnels ne semblaient pas vouloir lâcher le morceau. On se trouvait donc, dans certaines communes, en présence de vrais et de faux prêtres, chacun étant pour l’autre, un usurpateur. L’anecdote suivante illustre bien cette situation.

« On ne peut s’empêcher de rapporter un des traits qui servira beaucoup à peindre les mœurs des prêtres constitutionnels. Un homme de la commune de Lube, annexe de Coslédaà et voisine de Lannecaube, mourut et les parents du défunt prièrent M. Lafargue de Lannecaube, de bien vouloir faire l’inhumation. Il avait affaire ailleurs, cependant, il promit de la faire le lendemain sans faute dès les dix heures du matin. Instruit de ce qui se passait, Saubaméa, curé constitutionnel de Lusson et Lussagnet, habitant lui aussi à Lannecaube conçut le projet de saisir cette aubaine. À cet effet, il se rendit le lendemain dans la maison du défunt vers sept heures du matin, où il se dit envoyé par M Lafargue occupé ailleurs. Il disposa les choses de telle manière que le convoi partit à huit heures. Il fit tranquillement les obsèques et empocha une cinquantaine de livres de casuel, soit en rétribution de messes, soit en prières, offrandes et répons. L’abbé Lafargue qui ignorait cette opération se rendit à dix heures comme il l’avait promis. Les parents du défunt, déjà revenus de l’église, surpris de le voir lui dirent que Saubaméa était venu de sa part, que la sépulture venait d’être faite, et qu’il avait emporté le casuel. À ces mots, Lafargue tourne bride, et comme il enfilait un chemin détourné, il aperçut Saubaméa menant son cheval à côté d’un gros bourbier ; dès lors, il donne des deux et joint son escamoteur de casuel ; il lève son gros bâton dont il lance un coup sur le chapeau à haute forme de Saubaméa ; la chapeau étant tombé à l’eau, il prend son homme par les cheveux, le tient suspendu durant quelques minutes en le secouant de toute la force de son bras assez vigoureux, en lui reprochant son larcin ; puis il le jette dans le bourbier, descend de son cheval et se retire chez lui. Saubaméa le suit de loin, clopin-clopant, tout en maudissant cette malheureuse rencontre… »

À la fin de la révolution, Lafargue, dit Couchut nerveux, curé de Lannecaube, Carrère et Claracq  prêta serment et resta sur son domaine. Le peuple de Carrère, apprenant le retour d’Espagne de Berdot qui en est le curé canonique et insermenté, n’en voulut plus de Lafargue qui y était intrus depuis le départ de Berdot pour l’Espagne, et ce peuple rappela son véritable pasteur. M.Lafargue, bien que ne dispensant aucune instruction religieuse ou catéchisme et n’enseignant même pas aux jeunes à servir la messe, restera curé de Mouhous et Lannecaube durant 17 ans. Ses paroissiens assurent « qu’il chante ou psalmodie les vêpres et toujours à l’issue de la messe, même le saint jour de Pâques et cela pour laisser les après-dîners des dimanches au peuple, pour aller danser et aller au cabaret, car il est constant qu’il n’y a pas de dimanches ni de fêtes dans l’année que toutes les après-midi ne soient consacrées à la danse qui n’y manque jamais. »

« Aussi jamais on n’a vu un libertinage aussi corrompu qu’est le sexe de Lannecaube. Ce curé vient d’y acheter une métairie. Quant aux mœurs de ce Lafargue, elles doivent être horribles et crapuleuses, ce curé n’a jamais dans sa bouche, vis-à-vis le sexe, que des propos sales et dégoûtants, et à double sens si liberticides qu’ils font baisser les yeux des libertines même les plus scandaleuses, et qui feraient rougir un crocheteur ; c’est un fait qui n’est que trop certain. On ajoute enfin qu’il est un bruit public dans son pays que ce Lafargue curé vivait scandaleusement avec une jeune fille de Carrère son lieu natal. Ce bruit public n’est pas si difficile à croire, d’après les sales et dégoûtants propos que sa bouche ne cesse de proférer en présence du sexe. « quid vobis videtur ? »

 

Poussac, de Pau, curé canonique, prêta serment et s’est maintenu à Sévignacq. Il dut suspendre ses fonctions en 1795, comme tous ses autres confrères, mais il les reprit en 1795. Depuis la réouverture des temples, Lalanne de Nay, intrus à Escoubès, s’est emparé de Boast. Poussac s’en console aisément : il est même plus riche qu’avant la révolution, quoiqu’il eut un grand bénéfice. Sa réputation de magicien entretient sa cuisine sur un pied d’abondance qui lui procure mille jaloux. Il prétend guérir les malades sans les toucher et même sans les voir. Il chasse la grêle, le tonnerre, le diable lui-même ; il désensorcelle les hommes les femmes et les enfants qu’il prétend avoir été portés au sabbat par leurs marraines sorcières ; il délie les mariés impuissants par l’effet de quelque maléfice. L’on voit passer chaque jour des gens de tout âge et de tout sexe, qui vont le trouver de plusieurs lieues à la ronde avec de l’argent et des présents, pour l’engager à exercer son métier diabolique en leur faveur. Il n’y a qu’une seule maison de catholique dans Sévignacq, tous les autres habitants y sont schismatiques ainsi qu’à Boast ; ce qui n’est pas surprenant.

 


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