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TROUBLES SURVENUS À COSLEDAÀ
À L'OCCASION D'UNE TENTATIVE D'ARRESTATION
DE CONSCRITS RÉFRACTAIRES.
(Juin 18071

 

Le 17 mai 1807, treize gendarmes venus à Coslédaà pour arrêter deux conscrits réfractaires furent pris à partie par la population attroupée au son du tocsin ; deux personnes furent arrêtées et condamnées ultérieurement et le maire de la commune fut accusé de complicité de rébellion envers la gendarmerie. On lit dans l'acte d'accusation que le maire était « prévenu d'avoir provoqué ou toléré cet attroupement et de s'être, par là, rendu complice du délit ». Il fut finalement acquitté, le 27 novembre 1807, par la Cour de justice criminelle spéciale du département des Basses-Pyrénées. Voici le procès-verbal dressé par les gendarmes à la suite de leur expédition à Coslédaà extrait des pièces du dossier de procédure. Il est révélateur des difficultés rencontrées par les autorités, sous le Premier Empire, dont la recherche des réfractaires et des déserteurs, ainsi que de la réaction assez fréquente de la population dans ces circonstances. (1)

 PROCES VERBAL.

Le 17 mai 1807, nous Jacques Chelingeur, maréchal des logis de Gendarmerie impériale à la résidence de Pau, accompagné des gendarmes soussignés, en exécution du mandat d'arrêt décerné le jour d'hier par M Castetnau, lieutenant de. l'Armée [...] contre les nommés Jean Piacq, de Lannecaube, domicilié à Coslédaà, et Paul Ducos, de ladite commune, conscrits réfractaires, jugés par le Tribunal de Première Instance de l'arrondissement de Pau, savoir ledit Piacq le 6 mars 1807 et Ducos le 10 messidor an XII (29 juin 1804), constatons nous être rendus audit Coslédaà, où étant j'ai fait cerner par la troupe deux maisons que l'on m'avait désignées comme recelant lesdits deux conscrits réfractaires ainsi que d'autres déserteurs et conscrits désobéissants. Cette opération finie, je me suis rendu, entre 2 et 3 heures du matin, au domicile de M Joandet, maire, pour le prier de m'accompagner afin de faire, au jour, les recherches nécessaires dans les maisons cernées, conformément à l'article 131 de la loi du 28 germinal an VI et du décret impérial du 4 août 1806. Arrivé dans la basse-cour dudit maire, qui se trouvait ouverte, avec les gendarmes Fort, Saldu et Brienne, le chien de garde s'est mis à aboyer. Au bruit qu'il a fait, deux individus, qui, vraisemblablement, couchaient à la grange, sont sortis et l'un d'eux a pris la fuite en chemise. Aussitôt, le gendarme Fort s'est mis à sa poursuite et l'a saisi à 4 ou 5 pas de la basse-cour où il l'a reconduit pour s'assurer s'il était le fils du maire comme il le disait en l'appelant réclamant du secours. À ces cris, le maire, ainsi que tous les gens de la maison, se sont levés et, à leur tour, se sont aussi mis à crier « Au voleur » et « à l'assassin » et ledit maire est venu à nous en nous disant ce que nous allions faire chez lui, que nous étions de la canaille et pourquoi nous arrêtions son fils. Chelingueur lui répondit de cesser le train qu'il faisait, qu'il avait fait cerner les maisons des nommés Dameracq, Caberetier, et de Jouan Lanne, qui recelaient des conscrits ou déserteurs condamnés, que nous venions le chercher pour qu'il voulût bien, au jour, nous accompagner pour y faire les recherches, conformément au décret précité ainsi que de l'ordre écrit de M Castetnau que nous allions lui faire voir et conférer avec lui pour savoir s'il y avait d'autres conscrits déserteurs ou gens suspects, en attendant que nous puissions faire les autres opérations à l'heure indiquée aux maisons cernées, qu'ayant vu sortir deux individus de sa grange dont l'un avait pris la fuite en chemise, on s'était mis à sa poursuite et on l'avait arrêté. Alors, ledit maire nous a dit que c'était son fils, que nous le laissions, qu'il en faisait son affaire, parce qu'il avait 30 ans. Nous nous en sommes rapportés à son dire et l'individu arrêté a été sur le champ relâché, en lui observant que son fils avait eu tort de se sauver puisque, d'après son dire, il était hors de la conscription et que nous étions autorisés à croire que quelque conscrit fuyard ou déserteur aurait pu coucher dans sa grange sans qu'il le sût et que cela était cause de l'arrestation. Pendant ce temps, un autre fils du maire a pris le chemin de l'église, qui est derrière la maison, et nous avons de suite entendu sonner le tocsin. Nous avons dit à M. le maire qu'il entendait comme nous sonner le tocsin et qu'il voulût bien interposer son autorité pour le faire cesser et empêcher qu'aucun rassemblement n’eût lieu et de venir avec nous pour mettre à exécution notre mandat. C'est ce qu'il a refusé de faire. Il nous a répondu, à l'égard du tocsin, que cela ne nous regardait pas et a continué de nous injurier de propos de la manière la plus atroce, en répétant que nous étions des gueux et des coquins et pourquoi nous étions venus dans le village. Le tocsin continuant toujours, nous nous sommes réunis, au jour, à nos camarades, à l'entrée du village, sans avoir pu remplir notre mission, d'abord par le refus de M. le maire de nous accompagner et, ensuite, par un attroupement d'environ 150 personnes qui s'étaient réunies, armées de fourches de fer, hauts-volants et bâtons, qui criaient « Au loup ! Au voleur ! Tuons cette canaille ! » Au même instant, j'ai appelé M le maire pour faire dissoudre cet attroupement et faire cesser le tocsin, mais il n'a pas daigné répondre quoiqu'il n'y eût qu'un instant qu'il était parmi les séditieux. Étant ainsi abandonnés de M le maire et voyant le désordre continuer, après plusieurs sommations de séparation, j'ai menacé la populace de faire feu sur elle si elle ne se dessoudait pas, mais tout a été inutile. J'ai alors ordonné qu'on arrêtât ceux qui paraissaient être les principaux chefs et, au même instant, les nommés François Berduc dit Cabade, de Coslédaà, armé d'une fourche de fer, et Jean Berduc, armé d'un bâton, ont été saisis avec leurs armes pour être conduits à la maison d'arrêt de la ville de Pau. Lorsque l'attroupement a vu l'arrestation de ces deux individus, il s'est dissous de lui-même et, un quart d'heure après, le tocsin a cessé.

Nous observons qu'en nous retirant l'on nous a dit que le fils du maire, qui s'appelle Pierre et que nous avions arrêté est un jeune homme de 20 à 25 ans et qu'il n'a jamais concouru au tirage du sort. En passant à Boast, nous avons rencontré les nommés Hau dit Chiou, Pierre Larribau, Bernard Larribau et Jeanne Larribau, qui nous ont demandé le motif pour lequel l'on sonnait à Coslédaà le tocsin qu'ils venaient d'entendre.

De tout quoi, nous avons clôturé le présent procès-verbal, à Pau, ledit jour, mois et an que dessus.

NOTES

On lit dans l'acte d'accusation que le maire était « prévenu d'avoir provoqué ou toléré cet attroupement et de s'être, par là, rendu complice du délit ».

(1) Il prouva, notamment que, des deux conscrits réfractaires recherchés, l'un était né et domicilié dans la commune voisine de Lannecaube (et n'appartenait donc pas à la commune de Coslédaà), et que l'autre avait, en fait, été arrêté par la Gendarmerie environ 2 ans auparavant et était décédé en avril 1806 à l'hôpital militaire de Bayonne. Dans le dossier figure une lettre adressée, depuis Paris, le 23 août 1807, au conseiller d'État Bigot de Preameneu, par le député des Basses-Pyrénées Pemartin, dans laquelle celui-ci affirmait l'innocence du maire.

 

II y a lieu de préciser que les accusés présentèrent une version des faits différente de celle des gendarmes.

 

Le document porte au dos la mention suivante : « Coslédaà, du 17 may 1807. procès-verbal sur violences et voyes de fait envers la Gendarmerie en fonction ». Les mots « sur violences et voyes de fait » ont été écrits en interligne, pour remplacer les mots « sur rébellion avec attroupement », qui ont été rayés.

Les signatures de 12 gendarmes accompagnent celle du maréchal des logis ; avec beaucoup de réserves, on peut lire les noms suivants : « Perchain (?) ; Bellocq ; Berthier ; Brienne ; Salabert ; Galepain ; Saldu ; Fort ; Gallat ; Barrat ; Boyer ; Demon ».

 

Ils furent jugés le 9 juin 1807 par la Cour de justice criminelle spéciale du département des Basses Pyrénées. Le jugement nous apprend que Jean Berduc aîné était « métayer du Sr d'Elissalde à Coslédaà » et que François Berduc dit Cabade était laboureur dans la même commune. Ils étaient tous deux « prévenus d'avoir opposé des violences et voyes de fait envers la Gendarmerie dans l'exercice de ses fonctions ». Ils furent relaxés de l'accusation de violences et voyes de fait envers la Gendarmerie et, néanmoins, déclarés convaincus « d'outrages et de menaces » envers ladite Gendarmerie et, pour raison de quoi, condamnés à un mois d'emprisonnement chacun, à une amende égale à trois fois leur contribution nobiliaire et aux dépens du procès solidairement ».

Jacques Staes (Directeur des archives départementales)


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