Dernière modification: 16/09/2013

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L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE DANS LES BASSES-PYRÉNÉES (1848 - 1870).
« Il y a certaines instructions qu'on ne doit pas donner aux paysans »...

Si le nombre des écoles était suffisant, la qualité de l'enseignement laissait beaucoup à désirer Si l'on en croit les rapports officiels qui, en 1868 (Rapports sur la situation générale de l'instruction primaire... en 1868.A.A. F17-9345), estimaient que sur 929 écoles, 45 (4,75 %) seulement étaient très bonnes, 203 (21,50 %) bonnes, 328 (34,50 %) assez bonnes, 373 (39,25 %) médiocres. Cet état de choses s'expliquait par la faiblesse des traitements des instituteurs, dont beaucoup devenaient secrétaires de mairie pour avoir un salaire d'appoint (Délibérations du C.G. 1848 p. 164 and Rapport général sur les écoles publiques et libres garçons et mixtes. Arrondissement d'Orthez, 1858-1859.A.N. F17-9345.) ; dans l'arrondissement de Mauléon ils étaient également maître de chapelle de l'église locale. (Rapport arrondissement de Mauléon. Statistique de l'instruction primaire en 1856. A.N. F17-9331).

Trouver de bonnes institutrices était encore plus difficile, car elles avaient un salaire de 200 à 300 francs par an, à peu près ce que gagnait un ouvrier agricole. (Statistique de l'instruction primaire. Rapport Général. Département des Basses-Pyrénées. 5 mai 1856. A.N. F17-9331).

L'Ecole Normale d'Instituteurs de Lescar, considérée comme l'une des meilleures de France, (BARTHÉTY H., « L'ancien collège de Lescar, etc.», Pau, 1872, p. 46).n'avait que des promotions insuffisantes pour répondre aux besoins : 45 en 1869 (Rapport sur la situation générale de l'instruction primaire dans les Basses-Pyrénées en 1859. A.N. F17-9376).et n'attirait guère que des Béarnais, incapables de faire face aux problèmes posés par l'enseignement en Pays Basque. (Statistique de l'instruction primaire etc., 5 mai 1856. A.N. F17-9331).

Ce qui explique peut-être le plus la faiblesse des progrès vient de l’attitude qu'adoptait la, bourgeoisie envers l'éducation. Elle évolua fort peu dans le courant du XIX° siècle et la plupart de ses membres auraient souscrit à cette prise de position de l'intendant d'Étigny qui écrivit au XVIII° siècle « Il y a certaines instructions qu'on ne doit pas donner aux paysans : elles les poussent à sortir de leur état pour devenir avocats ou prêtres, ce qui peuple le pays de mauvais sujets et de fainéants en diminuant le nombre des cultivateurs » (Cité dans LARCHEVÊQUE R., « La Propriété et l'Exploitation: Monographie agricole du département des Basses-Pyrénées », Pau 1937, p. 75. BN 80 Lf 262-379).

Larrabure écrivit en 1866, alors qu'il était député, que l’enseignement primaire était fait pour apprendre aux paysans ce qu'ils n'avaient pas besoin de savoir et ne réussissait qu'à les rendre mécontents de leur sort (Enquête agricole, 17e circonscription, Basses-Pyrénées. Paris 1868, p. 6).

Trois ans plus tard, il disait au Conseil Général que les parents voulaient que leurs enfants apprennent la lecture, l'écriture, le calcul et l'orthographe et souvent même davantage : « Ils eussent aimé que leurs enfants eussent quelques notions d'histoire et de géographie. Cette science était inutile, elle n'était d'aucun service à des enfants qui allaient passer le reste de leur vie dans les champs. Elle était même dangereuse, le plus souvent elle ne réussissait qu'à accroître le nombre des déclassés ». Pas un seul membre de l'assemblée ne se leva pour protester. (Délibérations du C.G., 1869, p. 192).

Cette attitude était celle de la majorité de la bourgeoisie (C.f. particulièrement, Enquête... 1868, op. cit., pp. 100, 115), et les fonctionnaires, sans marquer d'hostilité, étaient indifférents au problème. (Note rédigée par l'Inspecteur Primaire de l'arrondissement de Bayonne a l'appui de la statistique sur l'instruction primaire pour l'année 1855. A.N. F17- 9331).

L'Église qui se méfiait de l'enseignement laïque, réussit à empêcher la création d'un lycée à Bayonne et étendit son emprise sur les écoles de filles (Sur l'influence de l'Eglise dans l'enseignement dans le département, c.f. notre article qui va paraître prochainement dans les Annales du Midi).

Dans le Pays Basque, trop de prêtres pensaient à limiter leur enseignement à celui des devoirs religieux et utilisaient, pour ce faire, la langue basque. (Département des Basses-Pyrénées. Rapport spécial sur les écoles de filles pour l'année 1859. A.N. F17- 9345).

Seule la minorité républicaine était favorable au développement de l'éducation. Dès 1833 Sicabaig, Blandin, Hylas Laborde, Nogué, Viard, Beigbeder, les futures personnalités de la III° République, avaient fondé « l'Association pour le développement de l’Enseignement primaire », pour appliquer la loi que Guizot venait de faire voter (SOULICE L., «Notes pour servir etc.), op. cit., p. 38).

Sous le Second Empire, ils essayèrent de développer l’instruction primaire et secondaire ainsi que les cours pour adultes. Nogué, Félix Pécaut, Lespy, Garet, à Pau, Vital Biraben et le docteur Duclaud à Bayonne, tous républicains, se signalèrent particulièrement en ce domaine. Ils enregistrèrent des résultats particulièrement spectaculaires pour l'enseignement réservé aux adultes. (Statistique enseignement primaire. Vol. Il, op. cit. Tableaux XXVIII et XXXIX, et Ministère de l'Instruction Publique, Statistique des cours d'adultes pour l'année 1868, Paris 1868, Vol. I).

Il y avait trois classes en 1863, 429 en 1865 - 1866, 479 en 1867-1868, 422 en 1868 - 1869, 437 en 1877, En 1867 plus de 13.000 adultes les fréquentaient.

Les Républicains n'hésitaient pas d'ailleurs à utiliser la question de l'enseignement à des fins politiques, ceci explique en partie les réticences de leurs adversaires en ce domaine. En 1864, Nogué offrit 12.000 francs pour la fondation d'une bourse au lycée de Pau et cette offre fut rejetée par le Ministère pour des raisons techniques. Nogué répliqua par la publication d'un pamphlet (NOGUÉ J.-R., « Fondation d'une bourse au lycée de Pau offerte par M. Nogué, refusée par Son Excellence M. Duruy, ministre de l'Instruction Publique. Bayonne 1864, p. 16) qui fut le premier d'une série attaquant le gouvernement.

D'après Vincent Wright "the basses-Pyrénées from 1848" (écrit en anglais, Londres 1965)


La langue française, entre
alphabétisation et propagande
sous Napoléon Bonaparte. (en 1800) .


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