mariage béarnais
Dernière modification: 16/09/2013
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LE COSTUME DE MARIAGE

EN VIC-BILH AU XVIIIe SIÈCLE.

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Un Livre de raison de la seconde moitié du XVIII° siècle provenant sans doute du Vic-Bilh, contient de nombreux dessins. Quelques-uns montrent les costumes régionaux de cette époque, malheureusement en milieu plutôt aristocratique.

 

     

 

Un dessin représente des mariés mais vus de dos ; cependant, l'assistant du curé qui tient le cierge et le plateau a le costume que tous les hommes portent dans ces dessins. Pour le baptême, la femme porte un costume régional, jupe, tablier, veste et capuchon, avec au cou une croix ; le dessin représentant l'homme est très abîmé; l'enfant est emmailloté jusqu'au cou et porte un bonnet, sans doute en dentelle. Un autre dessin montre un homme portant des sabots à bout relevé, décorés sur les côtés de clous à grosse tête, sans doute dorés.

Il resterait à trouver des exemplaires conservés de ces costumes pour mieux comprendre ce que recouvrent les termes utilisés dans les contrats pour les vêtements comme pour les tissus.

 

 

 

Lors des campagnes d'Inventaire dans le nord-est du Béarn, des contrats de mariage anciens ont été dépouillés tant aux archives départementales que dans des maisons particulières. Ils recélaient assez souvent des précisions quant aux costumes de mariage. (1)

Les mariées au XVIIIe siècle ne portaient évidemment pas de robe blanche comme de nos jours mais un costume coloré qui servait par la suite pour les jours de fête. Il était généralement apporté avec la dot et le reste du trousseau par l'adventisse, c'est-à-dire par celui des conjoints, homme ou femme, qui vient s'installer dans la case (maison) de l'autre. Si le marié est adventisse c'est lui qui doit habiller la mariée pour le jour des noces. Exceptionnellement, en 1701, en Béarn, un marié d'Abos (canton de Monein), adventisse dans une maison de Tarsacq, doit apporter son habillement nuptial. C'est le seul cas de ce genre et le seul contrat de mariage où il soit question de l'habillement de l'homme ; dans tous les autres il n'est question que de celui de la femme.

Outre les habits pour ce jour de fête, on précise parfois dans le contrat que la mariée apporte aussi ses « nippes [ou] hardes ordinaires » ou encore son « habillement de tous les jours ». Dans certains cas, les habits nuptiaux sont en double, l'un servant pour le jour de noces, l'autre pour le lendemain (2). Une quittance retrouvée dans la famille montre qu'en 1787 le trousseau et l'habillement d'une mariée de Gabaston sont faits à la maison par des femmes venues de « Barteres en Bigorre ». Dans d'autres cas, le vêtement pouvait sans doute être fait par le tailleur local ou les femmes de la maison.

Le contrat ne détaille pas toujours l'habillement de la mariée; on dit seulement dans le contrat qu’elle doit être habillée de la tête au pied (« deu cap au pe »), suivant son état ou encore suivant la "portée" de sa maison. Dans six contrats plus détaillés, on voit que la mariée porte sur la tête un capulet, qui apparaît dans notre documentation pour la première fois en 1682 puis semble disparaître à partir de 1735, sauf dans un contrat en 1800. Il est en « demi-sarge » (3) dans trois cas (dans l'un il doit être acheté au marché), « en cadis (4) de Montauban rouge avec ses garnitures » en 1683, « rouge de fin de cordeilhat de boutique » (5), en 1706; dans le contrat de 1800, la mariée doit avoir un « capulet de drap bordé de velours pour le jour des noces et un autre de tafletas noir pour le lendemain ». La mariée peut aussi avoir un capet (dans quatre contrats : 1700, 1732, 1791 et 1793) qui peut être lui aussi en demi-sarge. S'agit-il de la même chose que le "sac" (lou sacq) ou encore sac de tête, qui apparaît dans sept contrats de 1726 à 1753 ? Il peut être lui aussi en demi-sarge, en ras (6) dans quatre contrats (dit de Londres dans trois cas, et dans deux cas il est précisé qu'il doit être rouge). Les capulets, capets ou sacs sont parfois accompagnés d'un capuçon appelé aussi parfois capuchon, qui apparaît pour la première fois dans notre documentation en 1726 et dont l'usage continue au XI° siècle (48 contrats). Il est d'abord en "laine du pays" (six cas) ou en« barraqua (7) de laine du pays » (barra quaci, barracan) ou dans un cas en « ras de Londres », en 1756, ou encore dans deux cas en « lin façonné de fil travaillé dans la maison ». À partir de 1771, le capuçon est systématiquement en valenciennes (c'est-à-dire en dentelle de Valenciennes, vingt-neuf contrats), sauf dans un contrat de 1787 où on offre encore un « capuçon de barraqua doublé de cadis ». Le capuçon de Valenciennes peut parfois aussi être doublé d'un molleton rouge, dans un contrat de 1800, &un cadis rouge en 1827.

Sur le corps la mariée porte à la fin du XVIIe siècle un « cotilhon de dessus » et un «cotilhon de debat». Au cours du XVIIIe siècle le terme cotilhon de dessus tend à être remplacé par le mot français "jupe" ou plus souvent "habit de dessus" et le cotilhon de debat par "jupon" ou plus souvent "habit de dessous"; on trouve aussi les mots pleyous ou pleyot et celui de souy. À la fin du XVII° siècle, le cotilhon de dessus est généralement en « cordeîlhat d'Oloron » bleu et celui de debat de même tissu mais de couleur verte. Dans un cas il est en cadis, dans un autre en rase. Au XVIIIe siècle le tissu est parfois « fait à la maison » mais généralement il est acheté. Dans dix contrats, c'est de l'étamine (8), dans six de la rase, dont un de la rase de Londres, un autre de couleur rouge et deux de couleur « musqué ou muscq »; le cordielhat est encore parfois utilisé ; le cadis et la sarge sont employés pour le cotilhon de dessous. En 1706 une mariée de Pontiacq a ses cotillons de drap bordé de bleu, ailleurs en 1732 deux mariées doivent avoir un habit de dessus en rase musquée et celui de dessous, dans un cas en cordeillat bleu, dans l'autre en ras rouge.

Le costume de la mariée comporte aussi parfois une "veste" ou "corps" qui dans notre documentation n'apparaissent qu'à partir de 1738. Ils sont généralement en étamine ; la veste d'une mariée de Gabaston en 1787 est décorée.

La mariée porte en outre des bas (causses, bais de causses ou encore causses de bais). Ils sont en cordeillat vert comme son cotilhon de dessous pour une mariée de 1682. Les souliers sont souvent aussi mentionnés dans les contrats. Bas et souliers disparaissent totalement des contrats à partir de 1735, probablement parce qu'ils étaient considérés comme allant de soi.

D'après Joël Perrin.

Conservateur de l'Inventaire

 

NOTES

 

(1).      Pour le XVIII° siècle, 71 contrats de mariage mentionnent l'habit nuptial, auxquels nous avons joint 14 contrats du dernier quart du XVII° siècle et 3 contrats du début du XIX° siècle.

 

(2).      Contrat de 1800 entre un marié de Limendous et une mariée d'Espechède; contrat de 1831 entre deux mariés de Gabaston.

 

(3).      D'après les Lettres patentes du Roy et Réglement pour les différentes sortes d'étoffes qui se fabriquent en Béarn, Bigorre, Navarre, Pays de Labour et autres lieux des environs et dans la généralité d'Auch du 13 janvier 1750, les seules serges qui se fabriquaient dans cette région, appelées cholonnes, sont faites sur un métier à quatre pédales. avec une chaîne de 1904 fils, la chaîne et la trame étant des « meilleures et plus fines laines de la Haute Navarre et de la Bigorre.., filées le plus fin qu'il sera possible, sans. [laine] de qualité inférieure ». C'était donc un tissu de laine lisse, sans poil apparent, et de bonne qualité. Cette serge (ou sarge) était vendue en grande largeur (88,5 cm), la demi-serge devait être un tissu moins large, sans doute d'une demi-aune c'est-à-dire 59 cm, avec un moins grand nombre de fils de chaîne.

 

(4).      D'après les mêmes Lettres patentes, on fabriquait dans la région plusieurs cadis :

un cadis teint et en couleur mêlées était fabriqué dans le district de Nay, avec une chaîne de 1200 fils composée des meilleurs laines de la Haute Navarre filées à la quenouille ou au petit rouet et la trame faite avec les mêmes laines sans doute cardées. Dans le district d'Oloron et Sainte-Marie, on fabriquait un cadis fort, blanc ou mêlé, avec une chaîne de 1152 fils composée de laine d'Aragon ou des meilleures laines de la Haute Navarre filées à la quenouille ou au petit rouet et la trame faite des dites laines cardées et un cadis moyen ou de seconde qualité, blanc ou mêlé, avec une chaîne de 960 fils "composé de bonne laine de la Haute Navarre ou des meilleures d’Anso filées à la quenouille ou au petit rouet et la trame faite des dites laines cardées". Les cadis des districts de Nay et d'Oloron étaient vendus en demi-aune de large, c'est-à-dire 59 cm. Dans le district de Bruges, il se fabriquait d'autres cadis, étroits, simples, à 672 fils de chaîne "composée des meilleures laines du pays filées à la quenouille ou au petit rouet la trame faite avec les mêmes laines cardées, vendus en 51,35 cm de large et un cadis appelé demi-large composé des mêmes laines que le précédent mais à 768 fils de chaîne et vendu en 53,6 cm de laine. Tous ces cadis béarnais sont fabriqués sur des métiers à quatre pédales, avec une chaîne de fils de laine peignée et une trame de laine cardée. C'était donc un tissu à poil apparent, d'assez bonne qualité. Le cadis de Montauban, sans doute fabriqué dans cette ville, devait être une autre variété de ce type de tissu.

 

(5).      D'après les Lettres patentes de 1750, les cordeillats fabriqués en Béarn étaient des tissus de même type que le cadis mais de qualité généralement inférieure, vendus en 59 cm de large. Ceux du district de Nay, en blanc ou teint, étaient tissés avec une chaîne de 1120 fils composée de bonnes laines de la Haute Navarre.. filées à la quenouille ou au petit rouet et la trame faite des mêmes laines cardées mêlées avec des peignons des mêmes laines", c'est-à-dire avec le rebut ou bourre qui reste après que la laine ait été peignée ; ceux du district d'Oloron étaient fins ou de première qualité ou moyens et de seconde qualité et avaient la même composition que les cadis forts et moyens de ce district ; ceux qui se fabriquaient à Pontacq, qualifiés de communs, avaient une chaîne de 768 fils composée des meilleures laines du pays et de celles de Bigorre filées à la quenouille ou au petit rouet, avec une trame des même laines cardées et mêlées avec du peignon.

 

(6).      D'après les Lettres patentes de 1750, les ras ou razes fabriqués en Béarn, étaient des tissus de même type que le cadis mais de qualité largement inférieure et un peu supérieure du cordeillat. Ils étaient aussi vendus en 59 cm de large. Ceux qui se fabriquaient dans le district de Nay avaient 1280 fils de chaîne composée des plus fines laines de la Haute Navarre filées à la quenouille ou au petit rouet, et la trame... des tierces laines de Ségovie et des dites laines de la Haute Navarre cardées ; les "tierces laines" étaient les laines de troisième catégorie, de qualité cependant supérieure à la bourre. Les ras ou razes qui se fabriquaient dans le district de Rébénacq avaient 1056 fils de chaîne « composée des meilleures laines du pays filées à la quenouille ou au petit rouet et la trame.. des dites laines cardées ».

 

(7).      Le barraqua (ou bouracan) est une sorte de tissu de laine très épais, sans doute fabriqué uniquement à la maison et réservé à l'usage domestique car il n'est mentionné ni dans les Lettres patentes de 1750, ni dans celles de 1780 concernant la généralité d'Auch, ni non plus dans celles de 1781 concernant la généralité de Bordeaux.

 

(8).      L'étamine était un type de tissu de laine qui ne semble pas avoir été fabriqué en Béarn, Bigorre, Navarre et généralité d'Auch car il n'est pas mentionné dans les Lettres patentes de 1750. C'était un tissu lisse, sans poils apparent, fait sur un métier à deux pédales avec chaîne et trame de laine peignée et filée.

 


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