Dernière modification: 16/09/2013

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Châteaux du Vic-Bilh

Dans l'élégante brochure qui a pour titre "Châteaux et manoirs des Pyrénées-Atlantiques", M. Jean Labbé, son auteur, écrit ceci : « Le département des Pyrénées-Atlantiques, qu'il s'agisse du Béarn ou du Pays Basque, ne possède pas à proprement parler de châteaux. Dans la mesure, du moins où l'on refuse de nommer ainsi, selon l'usage local, toute maison de quelque importance, sinon la plus ancienne du village. Le titre de château n'est que trop galvaudé aujourd'hui. À l'exception de Pau, berceau de rois et musée national, Audaux seul pourrait y prétendre. Quant aux demeures de moindre envergure, Si séduisantes soient-elles, par quelque détail d'architecture ou la simple élégance des formes, il est certain qu'en d'autres régions de France, on les qualifierait plutôt de "manoirs" ».

Ce qui est vrai pour le Béarn, en général, l'est encore davantage pour le Vic-Bilh. Si quelques demeures, telles que Corbère, Crouseilles, Viven, témoignent de la fortune de leurs anciens possesseurs, elles ne peuvent rivaliser avec les somptueuses constructions qui font la gloire du Val de Loire. Et bien des gentilhommières, chez nous, ont moins de caractère et moins d'importance que certaines maisons paysannes de la région de Monein.

Cela s'explique. En Vic-Bilh, pays autrefois très peuplé, le nombre des "seigneurs" était important, beaucoup plus qu'ailleurs en Béarn. C'est-à-dire que chaque fief était peu étendu et que les droits féodaux perçus par les nobles étaient minces. Les nobles du Vic-Bilh vivaient surtout de leurs terres. Or leurs propriétés, Si elles dépassaient en superficie la taille de la plupart des exploitations paysannes, restaient relativement modestes. Les biens fonciers du baron de Viven, un des seigneurs les plus importants de la région, atteignaient à la fin du XVII° siècle, 75 hectares. Mais bien des domaines seigneuriaux ne dépassaient pas une trentaine d'hectares. Seuls les nobles qui possédaient des charges dans la magistrature ou ceux qui se sont alliés à la noblesse parlementaire ont pu faire bâtir des demeures de quelque envergure.

Mais, ces nobles qui ont fait bâtir châteaux, manoirs ou gentilhommières du Vic-Bilh, qui étaient-ils ?

La plupart des Béarnais croient, aujourd'hui, que dans leur pays comme dans la plupart des provinces françaises, la noblesse était une caste fermée dont les privilèges se transmettaient par la naissance. Or il en va tout autrement. Bien que réuni à la couronne de France en 1620, le Béarn avait gardé sa législation propre, les fors et coutumes, qui restèrent en vigueur jusqu'en 1789. Or, en Béarn, la noblesse n'était pas héréditaire, mais "réelle", c'est-à-dire attachée à la possession d'une terre noble. Dans leur bel ouvrage, "La Principauté de Béarn", MM. Tucoo-Chala et Desplats expliquent ainsi la situation : "En Béarn, le noble n'était pas le fils d'un autre noble, mais le fils du propriétaire d'une terre noble. Pour appartenir à la noblesse et, par exemple, siéger dans ses rangs, il fallait être possesseur d'une terre noble dotée d'un statut particulier. Dans la pratique, les familles s'arrangeaient pour ne jamais se dessaisir de ce bien foncier précieux. Jusqu'à la Révolution, la noblesse demeure réelle et les États vérifient avec scrupule les titres de propriété donnant droit d'entrée dans l'ordre". Cette législation explique que la noblesse béarnaise soit restée une classe ouverte. Certes, les possesseurs de biens nobles répugnaient à les vendre. Mais les paysans enrichis, les marchands aisés, les procureurs ont toujours trouvé moyen d'entrer dans le corps de la noblesse, soit en achetant une seigneurie à une famille ancienne, en difficulté financière, soit en épousant une héritière. Et jamais, les États ne s'opposèrent à les admettre dans leur sein du moment qu'ils avaient un titre de propriété légitime et qu'ils avaient renoncé depuis cinq ans à une profession réputée vile.

Ceci explique que la plupart des familles nobles du XVIlI° siècle aient eu une origine assez récente. Les maisons qui remontent au-delà du XVl° siècle, celles du seigneur d'Arricau ou d'Auga, par exemple, sont l'exception.

Les possesseurs de fiefs avaient généralement juridiction sur une paroisse ou une "communauté" (Sauveméa, Sarramonne, Viellenave) et ils percevaient certains droits sur leurs habitants. Mais il arrivait aussi que le souverain anoblit une maison. Son propriétaire avait une entrée aux États et son bien était exempt de la taille, mais il n'avait pas de "soumis" ; ce sont les maisons nobles ou "domengeadures", comme celle de Fanget à Thèze ou celle de Hiton à Conchez, anoblie par Henri IV en avril 1591 en faveur d'un capitaine huguenot.

Il faut nommer à part les abbayes laïques (en béarnais "abbadie" ou "l'abadie"). Son possesseur ("l'abat")n'était pas un ecclésiastique. Le grand historien béarnais Marca dit à leur propos : "On donne le nom d'abbé laïque à ceux qui possèdent la dîme du village, s'ils ne l'ont pas aliénée, et la présentation à la cure. La maison de laquelle dépendent ces droits est bâtie proche de l'église de la paroisse. Elle est ordinairement noble et déchargée de taille."

 

Généralités architecturales.

La définition du terme « château » pose en Vic-Bilh, comme ailleurs, un problème qui dépasse largement le cadre de la sémantique. Impossible en effet, pour résoudre cette question de simple vocabulaire, de faire l'impasse sur la dimension historique qu'il recouvre, sur ses implications sociologiques ou folkloriques, sur les sous-entendus économiques et culturels que le terme même de château recouvre.

La manière de détourner plus que de résoudre la question est un compromis entre, d'une part l'exigence de rigueur, laquelle amènerait à ne désigner du nom de château que les demeures seigneuriales dont leurs caractères architecturaux permettent de les distinguer des simples maisons paysannes et, d'autre part, l'appellation courante qui qualifie de ce terme toute maison dont l'importance en volume, la prétention architecturale ou le statut social des propriétaires, en font dans le vaste ensemble des maisons rurales une exception plus ou moins remarquable.

En associant aux châteaux les maisons nobles (domengeadures) et les abbayes laïques, nous choisissons de privilégier l'aspect sociologique de la question sans pouvoir pour autant nous résoudre à ignorer des demeures qui n'ont, semble-t-il jamais été que des biens roturiers. Par ailleurs, il existe grand nombre de maisons nobles qui ne sont plus représentées que par des vestiges informes ou connues par de simples mentions d'archives.

Des premiers châteaux du Vic-Bilh ne subsistent plus que les terrassements de terre, mottes, enceintes ou plateformes aménagées, contemporains de l'installation d'une société féodale dont l'activité politique et économique fixa les grands traits du tissu social mais aussi du paysage rural de la région. Pour le XVI° siècle, nous possédons en Vic-Bilh bon nombre de "manoirs" qui semblent tous liés à des familles nobles : simples abbés laïques comme à Lucarré, ou seigneurs féodaux comme à Arricau. L'image dominante de ces demeures est celle de la tour d'escalier hors-œuvre qui à Simacourbe, Lespielle, Arricau, Lucarré, Juillacq, flanque l'élévation principale d'un haut corps de logis coiffé d'une toiture aiguë. Ce schéma est celui qui se répand partout en France au XVI° siècle.

Le plan de ces demeures est à l'origine très simple deux grandes salles par niveau, séparées par un mur de refend auquel peuvent s'adosser les cheminées ; l'escalier distribue l'ensemble des pièces quand celles-ci ne communiquent pas directement par une porte percée dans le mur de refend. Les marches sont souvent en pierre (Arricau, Lucarré, Simacourbe), mais elles pouvaient être également en bois (Lespielle et Juillacq).

Les élévations sont souvent assez remaniées et la baie la plus remarquable que l'on puisse signaler dans ce groupe est la grande fenêtre à meneau qui s'ouvre dans le pignon de l'abbaye laïque de Simacourbe. À l'intérieur subsistent des cheminées les mieux conservées sont celles du château d'Arricau, mais on en trouve également de beaux exemples dans des maisons qui ont perdu extérieurement tout caractère médiéval château de Mont ou de Castets (Escurès).

Arricau, construit à la fin du XVI° siècle, est sans doute la dernière manifestation de ce type de construction dans la région les châteaux du XVII° siècle abandonnent le principe de la tour d'escalier hors œuvre et adoptent des formules architecturales plus ''classiques''.

Les deux principaux châteaux du début du XVII° siècle ont malheureusement presque complètement disparu : celui de Samsons était jugé comme l'un des plus beaux de tout le Béarn par Léon Godefroy qui l'aperçut en 1644 ; celui de Saint-Jean-Poudge dut être une splendide demeure, il n'en subsiste qu'une aile, datant pour l'essentiel du XVIII° siècle, une vaste terrasse et un portail monumental, seul élément qui permet de donner une idée de l'ampleur et de la qualité architecturale du château du XVIII° siècle.

Pouliacq et Corbère, sièges de baronnies, conservent des éléments importants du XVII° siècle, mais c'est dans des demeures plus modestes comme le château de Burosse ou les maisons Hiton de Conchez et Crédey de Baliracq, que l'on trouve des éléments plus caractéristiques du XVII° siècle : les portes d'entrée architecturées, qui introduisent en Béarn le vocabulaire de l'architecture classique sous la forme de chapiteaux réduits à de simples corps de moulures ou de frontons cintrés ou triangulaires.

Certains de ces châteaux présentent ou présentaient des tours rondes (Samsons, Corbère, Burosse) qui n'affirment plus que timidement leur caractère militaire. C'est désormais le pavillon carré qui est porteur de signification nobiliaire à Vialer, subsiste sur l'angle une échauguette couverte d'un toit en pavillon qui constitue une sorte de transition entre la tourelle médiévale et le pavillon classique. C'est à Vialer aussi que l'on découvre la seule manifestation notable de décor intérieur dans le goût. XVII° siècle : les cheminées de ce château sont en effet le démarquage rustique de celles qui ornent les grandes demeures aristocratiques du début du XVII° siècle.

Toutes ces maisons ont été fortement marquées par les modifications apportées au XVIII° siècle : modification des façades, mais aussi des distributions intérieures et surtout du décor. Certains des châteaux construits ou reconstruits alors, le sont par des grandes familles aristocratiques ou parlementaires (Castetpugon, Doumy, Viven...), mais beaucoup étaient les demeures de personnages plus modestes (Sanveméa, Mascaràas, Juillacq...). C'est en tout cas, semble-t-il, dans la seconde moitié du XVIII° siècle que l'activité constructrice est la plus grande, même si certaines constructions ou reconstructions datent des années 1730-1750. Crouseilles et Castetpugon, connu par un plan de 1744, sont de ceux-là. Il serait sain de vouloir dresser une liste des maisons nobles et des châteaux reconstruits ou largement modifiés dans la deuxième moitié du XVlII° siècle, elle se confondrait sans doute avec leur nomenclature complète. Tout au plus peut-on citer quelques exemples assez bien datés : reconstruction en 1768 de la maison abbatiale de Lannecaube par Pierre d'Arripe, reconstruction partielle avant 1777 du château de Corbère, et en 1790 de celui de Juillacq. Ces châteaux modernes sont alors le siège d'exploitations agricoles importantes. Le logement du maître est accompagné de vastes bâtiments de dépendances mais aussi des éléments de prestige que sont les portails monumentaux. Celui du château de Fortisson à Lasque est aujourd'hui remonté à Garlin en bordure de la Route Nationale, celui du château de Peyrelongue est le seul élément du XVIIl° siècle qui subsiste du château. Ces portails donnent parfois accès à des parcs ; le plus vaste était sans doute celui du château de Caplane qui figure sous la forme d'un vaste réseau en étoile, tracé par les allées cavalières, sur la carte de Cassini. Plus modestement, les Nays-Candau à Anoye, les Mesplès à Viven, les Hiton à Garlin, assortirent leur demeure de jardins à la française, bien dessinés mais petits, qui savent allier l'utile à l'agréable en réservant des espaces privilégiés pour les potagers ou les viviers.

À l'intérieur de ces châteaux s'imposent une distribution fonctionnelle avec l'adoption du plan double en profondeur agencé autour du vestibule que prolonge, ou dans lequel prend place la cage d'escalier. On s'efforce dans la mesure du possible de faire coïncider la distribution intérieure avec le percement de la façade. Celle-ci est traitée avec ampleur, symétrie et un discret mais évident souci de rythme. Les avant-corps centraux, très peu saillants mais parfois soulignés par les larges lucarnes-frontons (Curia à Conchez, Sauvemèa à Arrosés...), et les pavillons d'angles qui sont les garants du statut aristocratique de la demeure, donnent à ces façades, par ailleurs austères, une élégance toute "française". Par le biais des châteaux s'introduisent les poncifs de l'architecture classique  frontons, décrochements, toits à croupes ou en pavillons, quadrillage régulier de la façade découpée en travées régulières. Mais cette nouvelle façon de concevoir l'architecture qui s'est imposée partout au XVlI° siècle reste parfaitement intégrée à une manière de bâtir exempte d'ostentation. Les enduits restent lisses et ocrés, les génoises ne cèdent que rarement le pas aux corniches, les pilastres ou chapiteaux demeurent cantonnés aux piédroits des portes d'entrée. Seuls les Fanget à Thèze introduisent dans la construction d'un pavillon d'angle des formules plus "parisiennes" par l'utilisation de mascarons sculptés à la clef des baies.

Une certaine réserve architecturale, qu'elle soit le fruit d'un attachement aux traditions, la manifestation d'un état social qui se veut homogène et peu soucieux d'affirmer ses clivages économiques, ou le désir bien béarnais de vouloir épargner pour de meilleurs usages les écus du ménage, est une des caractéristiques majeures de cette architecture. Viven constitue à cet égard un exemple très significatif, mais aussi à un degré moindre, Tadousse, Moncla, Crouseilles, Astis à Anoye, Castets à Escurés, etc... Elle se poursuivra avec constance au XIX° siècle le château Quintàa à Portet, que l'on peut dater des années 1830, en témoigne. Il semble bien que même le Second Empire ou la lll ème République n'aient pu réussir à introduire en Vic-Bilh l'éclectisme qui triomphe partout ailleurs. Seule exception peut-être, Lalongue, repensé par les Yermoloff dans un style où domine la tendance "brique et pierre'' du début du XVll° siècle. Encore faut-il reconnaître pour ce dernier château que l'arrogance de la construction est atténuée par le fait qu'elle est masquée par les arbres d'un très beau et vaste parc. Avec Lalongue, on pourrait clore cette brève évocation des châteaux et maisons nobles du Vic-Bilh si par ses aménagements intérieurs le château de Diusse ne fournissait une plus récente illustration de l'idée de château.

 d'après "les cahiers du Vic-Bilh" n°9 1983

 


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